3 mars 2005

 

 

Le besoin de magique chez l’enfant

 

 

« M

ythes et contes de fées répondent aux éternelles questions : ‘A quoi le monde ressemble-t-il vraiment ? Comment vais-je y vivre ? Comment faire pour être vraiment moi-même ?’ » BB p. 85.

« Les mythes donnent des réponses précises ... les contes de fées ne font que suggérer … Les contes de fées laissent l’imagination de l’enfant décider si et comment il peut s’appliquer à lui-même ce que révèle l’histoire sur la vie et sur la nature humaine. » BB p. 85.

« L’enfant fait confiance » car il a « la même façon de concevoir le monde que le conte. En réalité, il lui est difficile sinon impossible de penser à un autre monde que le nôtre … Sa pensée est animiste ! » BB p. 85.

L’enfant « câline ... les jolis objets qu’il aime », « il frappe la porte ... parce qu’il est certain qu’elle a fait exprès de se refermer, par pure méchanceté. » [1]

 

« Comme l’a montré Piaget, la pensée de l’enfant reste animiste jusqu’à l’âge de la puberté. » Ceci est important pour notre civilisation, ce nouvel âge de la pensée unique.

Ainsi c’est là qu’on peut mesurer la catastrophe culturelle des suites de Vatican II, non pas sur les textes si beaux et la réforme plus ajustée, mais ce fameux « esprit du Concile » au nom duquel on vit une vague iconoclaste, détruire le passé tout comme le fit la révolution culturelle de Mao.

Les « cathos » catholiques sont à l’origine de ce cataclysme et des catastrophes qui s’en suivent. En arrivant vivre à Paris en 1977, je ne comprenais pas ce label de catho donné aux chrétiens parisiens et assimilés.

La plus vieille réforme fut l’abolition des paroisses paysannes ou artisanes qui ont généré les communes de la nation civile. Les secteurs ont suivi, devenant les nouvelles paroisses plus cantonales et dirigées pas des "bacs ++" à l’instar de leurs nouveaux prêtres plus rares, pour raison non de vocation religieuse, mais d’élitisme « catho » à l’image de l’éducation nationale dont s’élève le symbole en la Tour Eiffel, de la révolution scolaire donc scientifique de 1889.

Il fallait que les « cathos » soient l’égal des « laïcaux ». L’Institut catholique préparait des doctorats joints à ceux de la Sorbonne. Ces prêtres et ces évêques qui dirigent les églises, ont restructuré les communautés sociales comme on le fait dans les entreprises. En retour des choses, Entreprise et Personnel du XVIe, à la rue Exelmans, nous enseignait que le système monastique de l’abbaye sécularisée était le meilleur. Car il avait duré 2000 ou 1500 ou 1000 ans. Faut-il revenir au catharisme du célibat qui dirige couples, familles et bourgs ou quartiers ? Dans les communautés nouvelles de l’Eglise catholique, ce sont toujours les groupes de célibataires ou des prêtres qui les dirigent.

Où sont les paysans ? Où sont ces anciens paysans qui de labourages en pâturages ont fait nos pays ? Ils étaient l’âme du pays, ils animaient nos hameaux, nos villages, nos bourgs ?

Quand va-t-on redonner la liberté de consentement mutuel à nos pays ? Car seule la liberté est l’âme du peuple.

 

« Eveille-toi toi qui dors,
Lève-toi d’entre les morts,
Et sur toi luira le Christ ! »

 

On oublie trop qu’il a fallu trois siècles pour réunir Rome, la Ville du monde, et tous les porteurs de la citoyenneté romaine au souffle de l’Oint du monde, exécuté comme un esclave. A l’Ouest, c’est la pagaille des pagi, les villages des païens et des paysans plus reliés à leur terre. On va les asservir dans le servage comme de vils vilains, des villas, des villages fermiers. Les Compagnons romains, les comes, les comites, les comtes et vicomtes vont les gérer depuis leurs « villes », les grosses fermes des campagnes.

Aujourd’hui les Républiques ont, par le biais des prêts bancaires, des assurances agricoles et des coopératives, enlevé la terre aux nouveaux exploitants. La lutte paysanne et citadine continue.

Mais l’âme des pays demeure dans les nouveaux villages, hameaux et quartiers. Et la force d’âme qui en anime les animations se retrouve dans ce qu’il y a de bon, de beau, de vrai dans tout animisme populaire. Qu’on le veuille ou non, cette âme puissante des terres, des animaux, des poissons, des oiseaux et des gens qui vivent au pays reste la plus grande part des nations et la plus puissante partie du monde actuel dit Tiers-monde.

Avec le jeune Chinois venu chez moi, le Turkana perdu à Rome, l’Américaine qui retrouve son âme … ou le Néo-zélandais qui mangeait seul dans les Rocheuses américaines, il y a un point commun qui vibre. Un Vietnamien à qui je demandai s’il était mongol, fut surpris : « On me le demande souvent en Extrême-Orient, mais vous ! Pourquoi ? » – « Je sens que vous êtes bâti à aimer le cheval ! ». C’était vrai.

« L’enfant est convaincu qu’un torrent est vivant et doué de volonté, parce que ses eaux coulent. Le soleil, la pierre et l’eau sont, croit l’enfant, habités par des esprits qui ressemblent beaucoup aux êtres humains, et qui éprouvent et agissent comme eux. » BB p. 86.

 

Et c’est vrai ! Cette âme végétale nous anime, éveille l’amour. Et le torrent de son mouvement régénère la volonté. Et le soleil éblouit de bonheur. Et la pierre vibre appelant notre solidité fidèle.

Cette disharmonie avec la nature signifie un refus, une sclérose de la relation à notre corps. Aujourd’hui la thérapie des plantes, des pierres, de la terre et du sable existe et elle a toujours existé. Ainsi, la fameuse Cléopâtre prenait des boissons de perles et pierres précieuses pilées.

« L’enfant est persuadé que l’animal comprend et réagit affectivement, même s’il ne le manifeste pas ouvertement. » BB p. 87. Mais l’animal réagit affectivement. Toutes les psychologies le concernent, sauf la perversion qu’il peut cependant mimer par dressage. Un animal peut devenir fou, être névrosé, se sacrifier. En tout cas il est toujours en mouvement et change plus vite que l’enfant. C’est fascinant !

« Puisque tout ce qui bouge est vivant, l’enfant est autorisé à croire que le vent peut parler et conduire le héros là où il veut aller … » BB p. 87. Et cela est vrai, quand l’on voit tous les auditeurs suivre les indications météorologiques avec passion.

« L’homme peut être changé en animal, ou inversement. » BB p. 87. Et c’est vrai, l’homme peut être bête et l’animal imiter l’intelligence humaine.

« Lorsque les enfants comme les grands philosophes cherchent à répondre à toutes ces questions : ‘Qui suis-je ? (Où vais-je ?’) Que dois-je faire (dans) la vie ? Que vais-je devenir ? ‘, ils le font sur la base de leur pensée animiste. » BB p. 88.

 

L’âge dit oedipien, c’est en effet l’âge de raison, mais aussi, on l’oublie trop, c’est, en effet, l’âge métaphysique.

Bruno Bettelheim situe cet âge dès la sortie du miroir « dès l’âge de trois ans » ! BB p. 88.

Son intuition, libérée de celle de la mère par un début de pensée personnelle donc d’objectivation, devient porteuse d’intuition personnelle. Et donc elle manifeste l’expérience de son « identité personnelle » à travers son propre désir. C’est la naissance d’Eros sortant de l’œuf utérin. C’est encore la naissance de Vénus issue des écumes de la mer.

« L’enfant ne peut avoir du monde qu’une expérience subjective. » Jean Piaget, 1963. Mais l’on oublie trop souvent que l’adulte reste tributaire de son expérience. J’ai appris que le sentiment était subjectif. Et c’est vrai. Et il n’est pas à mépriser pour autant. Mais encore l’expérience subjective n’est pas à écarter. Sinon y aurait-il des poètes, des trouvères, des chercheurs et des inventeurs ?

L’intuition est une expérience réelle vraie ou peut-être faussée comme tout ce qui relève de la condition humaine. Si l’on refuse ce bon sens qui est la chose la mieux partagée du monde, l’être humain devient hémiplégique. Il reste primaire, raisonneur, pédant, faussement cultivé, un répétiteur du laïus de ses Maîtres de Polytechnique.

« L’enfant expérimente ainsi l’ordre du monde à l’image de ses parents et de ce qui se passe à l’intérieur de la famille. Les anciens Egyptiens, comme l’enfant, considéraient le paradis et le ciel comme une figure maternelle, Nut… ! » BB p. 92.

L’enfant vit une expérience propre personnelle réelle, mais il l’exprime selon l’image parentale, le langage et la représentation parentale. Ainsi sa religion sera celle du clan qui n’est pas à mépriser, car elle est réelle. Mais sa foi personnelle relève d’une intuition réelle de son Dieu.

Ainsi le clergé trop impérialiste de toutes les grandes religions se donne beaucoup de tribulations à ne pas reconnaître que l’homme n’est pas seulement un animal raisonnable ou scientifique, mais cultivé en tribu.

Et sur le plan politique, les guerres ethniques nous rappellent l’oppression et l’inattention de la « pensée unique » mondialiste du nouvel impérialisme.

Les « superstitions ethniques » ne gênent que l’illuminisme idéologique dans ses délires, démences ou superfétations, à force de faire comme si.

 

La superstition ne relève que du sur-moi, donc de la culpabilité d’aimer face au milieu familial. La superfétation est plus subtile, c’est ce qui s’ajoute inutilement au fœtus. Voyons notre principe altaïque où le plus profond génère le plus élevé et inversement ! Le fœtus est le plus petit dénominateur commun de notre identité, encore enclose dans la sensation et l’intuition de la mère porteuse ou utérine. L’ajout ou le phallus de la mère en sera le plus élevé, hautain, fanatique, idéalisé de soi jusqu’à l’autodestruction. La fixation fœtale portée à l’extrême de son évolution, ira jusqu’à l’illuminisme le plus radical de tous les Inspirateurs, de toutes les Divas ou Seigneurs.

La reine du ciel utérin génère les Baal et Astarté et le dieu de la géhenne et des sacrifices d’enfants, selon la Bible.

« Nos ancêtres éprouvaient le besoin de se sentir abrités et réchauffés par une figure maternelle enveloppante. Déprécier cette imagerie tutélaire en la réduisant à des projections puériles issues d’un esprit immature, c’est dérober à l’enfant l’un des aspects de la sécurité et du réconfort durable dont il a besoin. » BB p. 93. Ainsi la dépréciation de Marie vierge et mère de Dieu chez les catholiques a généré une dépréciation de l’Église, peu vierge, peu mère, peu épouse donc sororale : une grande soeur à chahuter dans son phallisme de fille moderne séductrice.

« Il est vrai que cette notion d’une mère céleste protectrice, peut avoir un sens restrictif si on s’y accroche trop longtemps. » BB p. 93. Disons oui, si l’on ne devient cette mère céleste introjectée de façon créative et procréative, en se donnant un libre-arbitre créateur.

« Finalement l’enfant reconnaît que ce qu’il tenait littéralement pour vérité, la terre-mère, n’est qu’un symbole. » BB p. 93. Attention un symbole n’est pas seulement une métaphore, une image, c’est une réalité sublimée vraiment !

 

« L’enfant pense qu’il peut mettre en œuvre la même magie. » BB p. 94. Ici la magie est un animisme symbolique capable de mettre à pied d’œuvre le lien fondamental de l’être humain avec sa nature, d’où il va créer et procréer.

« Bien des jeunes gens de nos jours se mettent soudain à chercher l’évasion dans les rêves procurés par la drogue, se font initier par un gourou, croient à l’astrologie, s’adonnent à la ‘magie noire’ ou, de toute façon, fuient la réalité … » BB p. 94.

Ce qu’ils cherchent, c’est un contact avec une autre réalité à eux refusée, à une autre délectation inconnue, à quelque maître venu d’ailleurs.

 

J’ai connu deux adeptes de la belle indienne, Guru Maï. La sœur de l’un de ses admirateurs brûla sa photo en autodafé. Le mari anti-secte de celle-ci resta ami de l’adepte. Mais vengeance oblige ! En réalité, c’est l’homme anti-secte qui fit passer son épouse pour un membre de secte imaginaire [2]. « Le fait qu’ils essaient d’échapper à la réalité … a ses racines profondes dans des expériences … qui les ont empêchés de se convaincre personnellement que la vie doit être maîtrisée de façon réaliste. » BB p. 94. L’autre adepte a déliré et fit six mois d’hôpital psychiatrique.

« Plus une personne se sentira en sécurité dans le monde, moins elle aura besoin de recourir aux projections ‘infantiles’. » BB p. 95. Or la sécurité c’est l’expérience du réel, son appréhension, sa juste intuition. Qui n’a pas les pieds sur terre, va l’éviter ou léviter en planant, en étant dans la lune et l’irréel.

La drogue est l’apport extérieur au plaisir que je ne peux partager à l’extérieur de moi, et au plaisir de celui qui m’est extérieur, et que je ne peux atteindre. Le gourou est ce personnage de poids qui me prendra en charge en me permettant de voyager en un monde de rêve et de souffle inattendus.

L’astrologie est une expérience de la nature censée imprimer en moi une originalité, et si possible me mettre sur une orbite d’étoile, de star.

 

La magie noire, c’est l’incantation destinée à dire et assouvir ma haine, mon désir de nuire ou d’éliminer l’autre par des actes symboliques maléfiques, et des invocations aux démons. La magie blanche, c’est le contraire. Elle veut obtenir un bien pour soi ou pour l’autre, mais de façon automatique, sans forcément obtenir la liberté de l’autre, ni engager la sienne. Et celà, à l’aide des esprits censés éviter l’inéluctable et favoriser tout bien.

 

Ceci dit, la télépathie existe surtout lorsque les télépathes ne sont pas sortis du miroir. Ils aident leurs clients en s’identifiant à leurs mère, père, frères, sœurs, enfants, avec les risques de confusion, d’interprétations abusives, l’incapacité de situer dans le temps, que ce soit le passé, l’avenir ou le présent ou de préciser aucun personnage objectif et ceci, pour cause de l’effet du miroir oral ou du miroir fœtal.

 

 



[1] Ruth benedikt, Animism, Encyclopedia of the Social Science, New York, 1948.

[2] L’adepte, lui, avait suggéré pour son beau-frère, une “solution non-violente“ ! Il s’inspirait d’un chamane amérindien d’Amazonie. Excédé par son patron armé, il le provoqua et s’engouffra dans le box d’un étalon réactif. Le patron le poursuivit, arme au poing, juste à temps pour recevoir la ruade mortelle.